• Mister President, I suggest a "Remember the Maine" incident...

    Document qui laisse rêveur. Une note du général Lemnitzer, futur patron de l'OTAN (voir post plus bas) à Kennedy, sur la manière de justifier cosmétiquement une intervention à Cuba :

    Cuban Papers

    Il faut lire les pages 7 et surtout 8 : We could blow up a US ship in Guantanamo Bay and blame Cuba. Et en bas de la page : We could developp a communist cuban terror campaign in the Miami area, in other Florida cities and even in Washington.

    No comment.

  • American Komintern

    Remarque en passant : depuis sept ans que j'écris à droite et à gauche sur la stratégie, la géopolitique et l'histoire, et interviens quelquefois dans la presse écrite et audiovisuelle, je n'ai été censuré qu'une seule fois, et rien à faire pour passer outre même si c'est un média qui me prend par ailleurs toutes mes vitupérations : dans un billet, évoquant la French American Foundation.

    Il s'avère qu'on en parle beaucoup depuis, et nombre de nos actuels ministres SFIO et leurs conseillers sont passés par là, et identifiés comme tels. Mais je crois qu'on sous-estime le poids de cette officine, prodigue en fonds forcément désintéressés et en conseils forcément impératifs, mais également en diatribes anti-françaises style Wall Street Journal (pas Fox News tout de même, encore que, à guichets fermés, qui sait...?).

    La French American Foundation s'est en outre fait une spécialité de communautariser la société française, dans un discours exactement décalqué de celui du Front National... à moins que ce ne soit l'inverse, qui sait.

    C'était une remarque comme ça, en passant...

  • Dix amendements, dix commandements...?

    « People place their hand on the Bible and swear to uphold the Constitution, they don’t put their hand on the Constitution and swear to uphold the Bible. »

    Professeur Jamie Raskin (constitutionnaliste et élu démocrate), intervenant devant le Sénat du Maryland, 1er mars 2006.

  • Les musées américains

    J’ai déjà eu l’occasion de souligner dans mes essais le problème que nous posent, à nous Européens, les musées américains, qui panthéonisent et cocoonisent sans discernement, ce que le grand George Steiner évoquait déjà voici bien longtemps. Un phénomène suffisamment frappant pour que même cet âne bâté de BHL, pourtant aveugle à la réalité de l’Amérique, le remarque dans son American Vertigo – à moins qu’il ne fasse, comme à son habitude, que de la « citation » d’illustres prédécesseurs.

    Car André Malraux faisait lui aussi la même constatation (en reprenant incidemment, comme tant d’autres avant lui, Tocqueville en tête, l’idée fausse qu’il n’y a pas d’art américain, ou alors il faut se mettre d’accord sur ce qu’est l’art) :

    « L’Amérique accueille d’un même cœur les Vierges romanes, les saints gothiques ou Renaissants qu’elle regarde de l’Atlantique, et les grandes œuvres de la Chine et de l’Inde qu’elle regarde du Pacifique. Dans les deux cas, elle tend au syncrétisme le plus large avec les moyens les plus puissants… Pour la première fois, un pays accepte un héritage qui, pour la première fois, lui est offert tout entier. Mais je ne crois pas qu’il soit possible à un pays de prendre un héritage à deux mains, s’il n’est pas secoué par une revendication intérieure qui fait de cet héritage non pas quelque chose d’hérité, mais quelque chose de conquis. Il y a des artistes américains, il n’y a pas d’art américain. Nous voyons bien les musées américains se faire et se continuer, mais d’une façon superficielle, rationnelle, alors qu’il s’agit pour nous non plus de réunir des œuvres dans un vrai musée ou dans un musée imaginaire, mais de savoir comment, à la marée d’œuvres qui déferle sur notre siècle, nous pouvons apporter un ordre. »

    André Malraux, L’homme et la culture artistique, discours (improvisé) à la Sorbonne le 4 novembre 1946, in Œuvres complètes IV, Pléiade, Gallimard, 2004

  • Moi, de Gaulle, homoncule ?

    De Gaulle, en conseil des ministres en 1962, après la nomination, par la seule Maison Blanche et le Pentagone, du général américain Lemnitzer comme Saceur de l’OTAN :

    « C’est quand même un peu fort, que les Américains choisissent sans nous consulter le bonhomme qui commandera nos armées et qui aurait droit de vie et de mort sur nos soldats. Ces Américains sont incroyables. Par qui ont-ils été élevés ? Ils n’ont pas été élevés du tout, ou ils ont été élevés avec l’idée que sur terre il y avait eux, et des homoncules. »

  • Stendhal et l'Amérique

    1825, c’est l’année où Stendhal découvre avec horreur ce qui va devenir, pour nous, le fondement de l’expression “le parti de l’industrie”, désignant dans sa réelle constitution le “parti libéral” ou “parti du Progrès”, dont il était jusqu’alors plus ou moins et qu’il va quitter avec horreur. Dans son Stendhal et l’Amérique (Fallois, 2008), Michel Crouzet expose la genèse de l’affaire qui prend pour nous allure de symbole en s’inscrivant comme le facteur principal du développement du système du technologisme :

    « Les sophismes des industrialistes, qui viennent demander à être admirés et félicités pour leurs millions, et “cet animal de Dunoyer” qui leur donne raison en utilisant l’Amérique, ont amusé et indigné Stendhal et lui ont aussi révélé un très riche gisement de grotesque ; il a cru que son pamphlet (c’est “la comédie de l’époque”, dit-il au même moment), en ridiculisant l’idéologie industrialiste et les industriels, allait trouver, comme ‘Racine et Shakespeare’, comme les textes de Courrier (qui vient d’être assassiné), un large consensus. Grave erreur : il s’oppose au credo fondamental de l’époque. Saint-Simon a eu le coup de génie de voir que l’industrie considérée d’un point de vue historial était l’achèvement des Lumières, ou si l’on veut un langage plus moderne, le point où la pensée métaphysique se réifie et s’abolit dans la pensée de la technique qui occupe et ferme tout l’horizon. “Les Lumières, c’est désormais l’industrie”, a indiqué brillamment H. Gouhier.»

    Tocqueville observait, le 1er juin 1831, peu après avoir abordé en Amérique :

    « Quand on réfléchit à la nature de cette société-ci, on voit jusqu’à un certain point l’explication de ce qui précède: la société américaine est composée de mille éléments divers nouvellement rassemblés. Les hommes qui vivent sous ses lois sont encore anglais, français, allemands, hollandais. Ils n’ont ni religion, ni mœurs, ni idées communes; jusqu’à présent on ne peut dire qu’il y ait un caractère américain à moins que ce soit celui de n’en point avoir. Il n’existe point ici de souvenirs communs, d’attachements nationaux. Quel peut donc être le seul lien qui unisse les différentes parties de ce vaste corps? L’intérêt

    Philippe Grasset

    Lucien dut subir de la part du bon Gauthier ce que les jeunes gens de Paris appellent une tartine sur l’Amérique, la démocratie, les préfets choisis forcément par le pouvoir central parmi les membres des conseils généraux, etc.

    En écoutant ces raisonnements imprimés partout : « Puis-je, après cela, me dire républicain ? Ceci me montre que je ne suis pas fait pour vivre sous une république ; ce serait pour moi la tyrannie de toutes les médiocrités, et je ne puis supporter de sang-froid même les plus estimables. Il me faut un premier ministre coquin et amusant, comme Walpole ou M. de Talleyrand. »

    En même temps Gauthier finissait son discours par ces mots… « Mais nous n’avons pas d’Américains en France.

    – Prenez un petit marchand de Rouen ou de Lyon, avare et sans imagination, et vous aurez un Américain.

    – Ah ! que vous m’affligez ! » s’écria Gauthier en se levant tristement et s’en allant comme une heure sonnait.

    Lucien Leuwen
    1834

  • SFIO, le retour

    Un billet d’automne est un exercice obligé, comme à la petite école lorsqu’il faut raconter à chaque rentrée des classes qu’on s’est bien amusé pendant les vacances et qu’il faisait beau chez Mamie, ou bien à Science-Po, cette autre communale pour élite déboussolée où l’on est prié de disserter en deux parties d’un monde devenu global en un seul morceau. Notre rédaction sera donc le copié-collé de l’année dernière : la crise est devant nous, l’Amérique a toujours les poches trouées et nous nous excitons toujours autant sur la bombinette perse. Comment dès lors s’étonner que le nouveau Livre Blanc prépare lui aussi du réchauffé Made in USA : sécurité dite nationale et défense anti-missiles ?

    Captain America comi...que

    C’est le GI, au sourire si photogénique sur fond de boccage normand, qui est redevenu le maître d’école d’une France qui attend toujours le retour de son Dieu Cargo. Certes il fut un temps où une once d’or s’achetait 35 dollars, où la NASA lançait une fusée par semaine et Armstrong plantait la bannière étoilée sur la Lune : mais c’était du temps de la SFIO. Aujourd’hui il faut débourser 1.700 dollars pour le même fragment de métal jaune, la NASA a mis la clef sous la porte et le seul Armstrong qui fasse parler de lui ne joue pas de la trompette mais se fait retirer ses trophées vélocipédiques.

    Il faut dire qu’en matière de rétropédalage, nous n’avons de leçons à recevoir de personne : oubliés le discours de la Saint-Valentin 2003 au Conseil de sécurité ou les engagements sur la Palestine, la France avait le prix d’honneur, la voilà revenue à cette République de fayots, dite Quatrième, qui conjuguait attentisme avec atlantisme. Mais que faire d’autre lorsqu’en 2011 on a voté sans barguigner la guerre de bac à sable du Tartarin de Saint-Germain-des-Prés, toujours reçu au château ? The sequel, dit Hollywood : en malien, le mot a un autre sens. Mais on ne peut pas penser à tout, et si Science-Po formait des stratèges, ça se verrait ailleurs que dans le bas de tableau du classement de Shanghai.

    « Do what the buglers command, you’re in the army and not in a band », faisait chanter Irving Berlin. La Grande Nation n’a-t-elle d’autre ambition que de faire joujou avec ses bateaux pour les comparer à ceux du cousin ? Ça fait au moins de jolies photos à montrer à la classe : ici, c’est quand on est allé au bassin du Jardin du Luxembourg avec Mamie, là, quand j’ai pris le goûter dans le Bureau ovale et que Barack m’a emmené faire un tour dans son gros hélicoptère vert.

    Paul Valéry écrivit que « l’Europe aspire visiblement à être gouvernée par une commission américaine ». On eut apprécié, elle qui fut toujours pionnière, que pour une fois la France ne montre pas la voie au reste du vieux continent.

  • Préface à En campagne avec l'Armée Rouge d'Artem Drabkin

    Voici un ouvrage important parce qu’il nous présente, sous un angle nouveau, l’Armée Rouge de la période de ce que l’historiographie soviétique nommait La grande guerre patriotique. Pas de photos de déploiements de chars emportant des grappes de fantassins, ou d’ouragans de feu de batteries de Katiouchas, juste la vie normale d’une armée comme les autres. Bien sûr on ne peut oublier qu’elle est à cette date aux ordres d’un régime totalitaire et qu’elle lutte contre un régime qui l’est plus encore. Mais c’est parce que le lecteur en est conscient qu’il parcourt l’ouvrage avec délectation, et se penche sur ces images dont chaque détail compte et raconte à lui seul une histoire – et les légendes qui nous les signalent sont remarquables d’intelligence et d’à-propos.

    Les photographies qui composent le corps de cet album sont d’une qualité exceptionnelle, tant dans leur beauté plastique que dans leur composition. Certaines sont posées à l’usage de la propagande (mais n’est-ce pas le lot de toutes les armées ?), quelques-unes sont mises en scène, mais l’immense majorité est prise sur le vif, le tout formant un ensemble extrêmement cohérent, sélection dont l’auteur, Artem Drabkin, doit être félicité.

    Couverture Taillac

    Elles nous montrent une armée rustre, dans ses visages – ce que l’on voit – et dans ses comportements – ce que l’on devine. Rustre par exemple dans ces uniformes où l’utilitaire l’emporte sur le clinquant, à l’image de ces bottes de feutre de deux pointures trop grandes, pour pouvoir les rembourrer en hiver de paille ou de chiffon, ou de ces vareuses matelassées que l’on a retrouvées lors de la victoire de l’été 2008 contre la Georgie, et qui ont bêtement fait glousser les experts de nos armées américanisées pourtant elles-mêmes défaites en Orient.

    Cette armée est rustre parce que rustre est le peuple russe. Si les visages peuvent être enjoués à la demande du photographe, ils sont la plupart du temps graves voire inquiets. Ce sont des visages sans âge, vieillis avant l’heure. On y retrouve pourtant cette virilité juvénile un peu féminisée, typique de l’imagerie soviétique que célébrait, comme cinéaste et comme amant, le génial Sergueï Eisenstein dans Octobre ou Potemkine. Elle traduit la sève d’un peuple fier de son histoire et de sa culture mais modeste parce que, comme toutes les grandes nations, la guerre lui a appris la modestie, un peuple souvent violent et emporté mais profondément pacifiste du moment que, Français en 1812 ou Allemand en 1941, on ne vienne pas le chercher. On comprend aussi, sur le visage de nombreux soldats, l’étendue d’un empire qui fut et reste tout autant asiatique qu’européen.

    Bien sûr ces images ne montrent pas – ce n’est ni leur but ni celui de l’ouvrage – une armée balayée en quelques semaines à l’été 1941, qui laisse plusieurs millions de prisonniers aux mains de l’envahisseur, une armée qui, en 1942, n’a pas encore eu le temps de se rééquiper et qui, quasiment clochardisée, est durant quelques mois de nouveau au bord de la rupture lorsque les hordes du Reich repartent vers la Volga et le Caucase, portes de l’Asie qu’elles atteindront. Mais elles ne montrent pas davantage une puissance reconstituée à l’été 1944 qui, d’une seule poussée et en un mois, reconquiert les derniers territoires encore aux mains des nazis et arrive sur la Vistule et le Danube. La vraie puissance n’est pas celle qui s’étale.

    Surtout ces images ne disent pas l’épouvantable sauvagerie – car le terme de barbarie est en deçà de ce que fut cette épouvante – de ce qui fut conçu par Hitler comme une guerre d’extermination biologique. Elles ne parlent pas des assiégés de Leningrad, ceux qui tout au long de la perspective Nevski mouraient littéralement debout de froid et de faim, ou des mères anthropophages de leurs nouveau-nés, décédés parce qu’elles n’avaient même plus de lait maternel pour les nourrir. Beaucoup d’ouvrages et de documentaires tentent, à partir d’archives rendues disponibles au lendemain de la disparition de l’URSS, d’approcher de cette horreur absolue : mais l’indicible ne se montre ni ne se dit.

    Et il ne faut pas oublier le front de l’arrière et les conditions carcérales (n’est-ce pas aussi le peuple du Goulag ?) des ouvriers dans ces usines déménagées et remontées derrière l’Oural, en fait d’immenses halls ouverts aux éléments où ils travaillaient douze heures d’affilé puis, dans le bruit infernal et une lumière d’aquarium qui abolissaient le jour et la nuit, vivaient à même le sol à quelques mètres des presses et des chaînes de montage, mangeaient à même le sol, dormaient à même le sol.

    Dormir, précisément : voilà la grande préoccupation du combattant, le grand besoin. Les photos qui nous montrent des soldats au repos, assoupis dans des poses inconfortables près de leur matériel ou au fond d’une tranchée, sont parmi les plus marquantes parce que les plus banales mais les plus signifiantes. Un soldat apprend rapidement à dormir dans toutes les positions, n’importe où, dix minutes suffisent, et il dort vraiment, de ce sommeil qui n’a pas d’équivalent pour qui ne l’a pas connu. Car si l’on rentre brusquement en soi sans se soucier de ce corps en position fœtale ou désarticulé comme fauché par une rafale (est-il mort, dort-il ?), on reste dans une sorte d’état hypnotique très particulier qui vous fait vous lever à la voix du supérieur ou du camarade mais pas à n’importe quel ordre, au bruit suspect mais pas à n’importe quelle détonation, comme si le cerveau triait ce qui importe de ce dont il peut s’isoler. Un guerrier n’est jamais surpris dans son sommeil, ou alors ce n’est pas un guerrier. Mais durant ces quelques minutes il n’y a plus de Stuka, plus d’officier du NKVD non plus, plus rien au monde que soi. Et si ce chapitre de l’ouvrage est le plus parlant, c’est précisément parce qu’il est le plus humain dans l’inhumain et qu’il révèle, en négatif, l’âpre dureté de ces combats constamment présents entre les images, comme on dit entre les lignes.

    Et lorsque tout ceci se termine, car il faut bien que tout ceci se termine – la guerre n’est douce qu’à ceux qui l’ignorent, écrivait Erasme qui ne connaissait même pas nos intellectuels germanopratins –, que cherche-t-on encore sinon à dormir ? « Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? », s’interroge à la fin de l’ouvrage un commandant de chars. Oublier. « Nous étions tout simplement tellement épuisés par ces années de guerre que nous ne voulions qu’une seule chose », raconte une fille du front ; « nous débarrasser de tout ce qui pouvait nous rappeler tout ça. » Est-ce possible, pour eux comme pour nous ?

    Editions Pierre de Taillac 2012

  • L'amour plus fort que le napalm

    De quoi cette photo est-elle l'histoire...?

    vietnam

    Ou plutôt, de qui...?

  • The decline and fall (in the US) of the public intellectual

    Last week I spoke at my alma mater’s Class Day ceremony, which at Columbia College serves as the central event for seniors, even though Columbia University, of which it’s a part, conducts the formal commencement and awarding of degrees on the next day. I won’t reprise my speech since I’m reluctant to promote a contribution to a genre of public speaking that many people equate with sedatives. (It is available at The Providence Journal’s “This New England’’ blog.) As my fellow Columbia graduate Tom Vinciguerra wrote in Newsday, “The days of memorable, even historic, end-of-academic-year speeches are long gone,” replaced mainly by “throwaway sentiments equally trite and hortatory — e.g., ‘seize the day,’ ‘don’t forget to give back,’ ‘dare to be different.’ ”

    I did, however, have an advantage over other commencement speakers, since looming over my speech was President Obama’s address the previous day, in roughly the same location as mine, to the graduating class of Barnard College, also a part of Columbia University. Conflict of interest prevents me from commenting on the specifics of Obama’s talk — or the controversy surrounding his choice of venues — but the president’s appearance did focus my thinking, since I was forced to take a fresh look at academic institutions and the role of what used to be known as “public intellectuals.”

    It’s easy to be nostalgic for a time when allegedly great men and women trod the public stage. Indeed, I cited in my speech the historian Andrew Bacevich’s ridicule, in this month’s Harper’s Magazine, of the very notion of there being “golden ages.” But I do recall a time, not so long ago, when formal orations seemed more eloquent, when public figures and intellectuals, some of them connected to academic institutions, dared to say more controversial things and take strong positions against the orthodox thinking of the day.

    My exemplar at Columbia was Edward Said, the late Palestinian-American English professor and author, who expressed opinions on many current issues, not just the Israeli-Palestinian conflict that so marked his life. But there were plenty of others in the ’60s and ’70s, including C. Wright Mills, William F. Buckley, Gore Vidal, Norman Mailer, Susan Sontag, James Baldwin, Irving Howe, Mary McCarthy, Edmund Wilson, Dwight MacDonald, Lionel Trilling, Irving Kristol, Sidney Hook, Norman Podhoretz, Christopher Lasch, Michael Harrington, A. Bartlett Giamatti, Father Theodore Hesburgh, Daniel Patrick Moynihan and Eugene McCarthy.

    Some of these people were freelance intellectuals, some were tenured professors or administrators, some were of independent means. But all shared a commitment to civic debate, which in conformist, consensus-driven America automatically poses dangers to what might otherwise be an orderly and comfortable career. Alexis de Tocqueville noted this get-along-to-go-along spirit, and Sinclair Lewis fleshed it out brilliantly in such novels as “Main Street.” Everyone on my list, whether left wing, right wing, or in between, got in trouble for taking positions that in an argumentative country such as France would be considered necessary and proper.

    When I look around, I don’t see anyone of Edward Said’s gravitas, knowledge or conviction, but then Said was something of a radical in his scholarly way. He dared to step outside his academic specialty of literary criticism to declare his views on history, contemporary politics and sociology, at some risk to his academic reputation as well as to his safety. (Said defended the Palestinians, yes, but he also defended Salman Rushdie against the Ayatollah Khomeini’s fatwa and criticized Yasser Arafat’s dictatorial methods.) Edward Said’s three books dealing with “Orientalism,’’ though academically rigorous and dense, were popular successes as well as politically influential.

    C. Wright Mills, a sociologist, also wielded considerable influence with his analysis of Castro and the Cuban revolution, “Listen, Yankee,’’ and Christopher Lasch, a historian, cast off the confines of his academic discipline with his bestseller The Culture of Narcissism. Today, Mills’s book is out of print; last year, when I spoke to a media-studies class at New York University, not one out of the hundred or so students had even heard of Lasch.

    Why is there now a dearth of well-known public intellectuals taking public positions? I suspect it’s partly because of the rise of politically oriented think tanks, whose “fellows’’ and “scholars’’ generally have ideological agendas that conflict with genuine scholarship and independent thinking. Many of these people are superficial, pseudo-scholars awaiting their next government job or TV talk-show appearance.

    Downstreet

    As think tanks have gotten richer, universities have had a decline in federal funding, which makes them more desperate to raise private money. Richer donors usually reflect the interests of their class, which doesn’t exactly encourage outspokenness by faculty. A trenchant, contrarian remark by a professor can cause big problems for a university’s development office. Writers outside of academia are in a similar bind: The recent Internet-and-conglomerate-driven decline of publishing has reduced book advances and promotions, especially for mid-list authors. If you want to get your book on prime-time TV or radio, you had better be ready to dumb down your message and round off your edges.

    Two other commencement speeches delivered at Columbia this month gave me some hope that this attitude might be changing, at least regarding capitalism and the strangulation of the marketplace of ideas by the national obsession with financial markets. In his talk to Ph.D. recipients at Columbia, the U.S. historian Eric Foner bemoaned the dominance of market ideology: “In the last generation, the values of the market have come to permeate every aspect of our society. The notion that the public good may be measured in other than economic terms has pretty much been abandoned.’’

    To which Lee Bollinger, Columbia University’s president, added: “In future decades, will we look back and wonder how we could possibly have let public policies be determined in this way?’’ We need more public declarations such as these to enlarge the debate for the benefit of all of us.

    John R. MacArthur

  • Dieu est forcément américain

    Une étrangeté connue des cinéphiles (j'en parle dans mon Imposture américaine page 91) fort intéressante et instructive (rien que le titre) sur l'image christique du président américain. Et une critique plus que virulente des institutions et d'un système incapables de gérer la crise.

    La Cava, qui a fait moins d'une demi-douzaine de films, est surtout connu pour sa screwball comedy My man Godfrey, avec une Carole Lombard encore plus déjantée que d'habitude.

    Sinon le commentaire de YouTube précise qu'il s'agit d'un US pre-code film, donc si je comprends bien, avant la Commission Hayes et autres institutions de censure : voilà, encore une fois sauf erreur de ma part, qui laisse rêveur. Mais l'Amérique est grande et libre, n'est-ce pas...?

  • The top of the top

    Allez, le même duo que Singing in the rain (Kelly/Donen), et sans valoir le sublime de la scène sous la pluie, quatre minutes vingt de bonheur...

    ... de grâce, de perfection, de classe, de subtile facilité avec des semaines de boulot derrière, enfin, l'Amérique quand elle sa(va)it faire, quoi...!

  • Faillite chinoise

    Il existe un pays où les conditions de travail relèguent Das Kapital au rang de plaquette d’une université d’été du Medef, et pourtant ce pays est absent des discours de la campagne présidentielle. On parle de démondialisation mais c’est l’ouvrier marocain, dernier substitut au plombier polonais, qui est montré du doigt, jamais l’ouvrière chinoise à qui on a confisqué ses papiers et qui reste enchaînée à son poste six jours sur sept. Pourquoi ? Parce que pour les incertains qui pensent pour nous la Chine est une grande puissance, les autres, Turquie ou Perse, n’ont droit qu’au condescendant qualificatif de grande civilisation.

    Vieille antienne : « Considérer la Chine comme une des grandes puissances du globe est une véritable farce, s’insurgeait Churchill le 23 août 1944. J’ai déclaré à Roosevelt que je me montrerais poli, mais dans des limites raisonnables, à l’égard de cette idée fixe des Américains. » Les experts nous annonçaient 400 millions de Chinois solvables, ils ne dépassent pas 100 millions dans le système le plus inégalitaire de la planète, où l’arriération politique et sociale interdit toute évolution démocratique comme toute tension salariale, et nous contraint en retour à brader nos libertés. « Ne nous associons qu’avec nos égaux, prévenait La Fontaine, ou bien il nous faudra craindre le destin d’un de ces pots. »

    Alors on fait semblant. Parce que rouille au bout d’un quai un dragon de ferraille corrodée qui ne vaut même plus son poids d’ex-porte aéronefs soviétique, on oublie que l’ambition de la marine chinoise se limite pour l’instant à faire peur aux pécheurs des îles Spratley. On fait l’impasse sur une pâle copie de TGV rendue aux mauvaises herbes, sur des lanceurs répliques des antiques Soyouz, des exportations en recul, un marché intérieur qui stagne, un écosystème ravagé, une espérance de vie qui plafonne, etc. Pourquoi cet acharnement à vouloir que l’Empire du milieu joue un rôle global ? Pourquoi assister béatement au théâtre d’ombres de deux faux géants qui se croient les maîtres du monde parce qu’ils s’invectivent de la sorte et finissent par y croire ? La Chine et les Etats-Unis se complaisent dans des gesticulations d’un autre âge avec les instruments de puissance surannés du XIXe siècle, la première tout à la plate vanité de faire (un peu) peur aux seconds flattés de trouver quelqu’un qui s’intéresse encore à leurs porte-avions, ça les console de la raclée qu’ils prennent face aux chefs taliban.

    Jeu de Go à qui perd gagne également que la question de la dette : les nations préfèreront se déclarer en faillite que de vivre la tragédie grecque ! Que fera la Chine de sa rente de Monopoly et de ses ruines industrielles – les nôtres, délocalisées ? En attendant, lorsque je visionne un DVD, j’ai une pensée pour l’ouvrière qui a assemblé dans son usine-goulag le lecteur acheté 25 euros. Et puis j’oublie parce que le film commence. Quelle farce ! Winston avait raison.

  • Lettre d'un Américain à la France

    Lors de mon dernier séjour à Paris, j’ai eu une de ces conversations qui me surprennent toujours lorsque je suis confronté au rêve américain tel qu’il est vécu à distance et donc interprété par les Français. Je faisais des courses dans un magasin et après que la charmante commerçante ait su d’où je viens, elle s’exclame : « Ah, comme j’aimerais habiter à New York ! Les gens sont décontractés, on vit mieux qu’ici, le style de vie est informel, etc. ». Bref, la liberté et tout ce qu’il y a de délicieux dans un milieu soi-disant dévoué au non-conformisme et au hasard agréable. Je lui demande si elle connaît ma ville et elle me dit que non. Agacé, je réponds : « Mais c’est le contraire de ce que vous croyez, Madame. Les Parisiens sont bien plus conviviaux et ouverts d’esprits. Les New-Yorkais sont des gens pressés qui pour la plupart ne saluent jamais. Pas le temps ni l’inclination de risquer le contact authentique. Derrière la mine informelle, il y a une froideur, voire un mépris envers les détails essentiels qui rendent la vie plus humaine.

    – Vous avez raison, me répond-t-elle après quelques secondes de profonde méditation. Lorsque des Américains entrent dans la boutique, ils ne disent jamais bonjour, ils ne sont guère aimables, toujours indifférents. Mais ils ne font pas la gueule en râlant comme les Français.

    – Tout dépend de ce que vous entendez par faire la gueule et surtout râler. Moi je ne connais que des Français qui me regardent dans les yeux lorsqu’ils me parlent, même pour dire des choses désagréables, et qui ne me prennent pas pour une bête curieuse. D’ailleurs l’échange que nous avons est impensable aux Etats-Unis, puisque vendeuse et client ne discuteraient que de leur transaction et de rien d’autre. De toute façon nous n’avons presque plus de librairies, ni de commerces ou de magasins comme le vôtre, tout est standardisé. Alors pourquoi voulez-vous vivre à New York ?

    – Parce que c’est mon rêve. »

    En quelques mots tout était dit : le rêve américain est le rêve de quelque chose qui n’existe pas. Il touche tous ces Français qui refusent de voir que Barack Obama continue d’ordonner la destruction de villages afghans et a réinstallé à Guantanamo des tribunaux d’exception qui condamneront à mort. Je sais qu’il y a dans cet aveuglement une part de sentimental, La Fayette et le Débarquement, Jack Kerouac et John Wayne. Mais comment les Français peuvent-ils se tromper autant sur la société et la vie aux Etats-Unis, sur la réalité d’un pays qui les voit tantôt comme des ennemis tantôt comme des aigris jaloux de la réussite de la grande Amérique ?

    Tocqueville lui-même – j’allais écrire surtout Tocqueville – s’était trompé lorsqu’il parlait d’une société ouverte et sans classes. Comme je l’ai expliqué dans Une caste américaine, l’élite qu’il avait rencontrée était déjà largement composée d’héritiers, ceux des grands négociants et commerçants des treize colonies qui avaient poussé à l’affrontement contre les Français puis les Britanniques et à l’Indépendance. C’est dans une large mesure pour elle que notre Constitution a été rédigée, c’est elle qui s’est réservée la quasi-totalité du gâteau lors du Gilded Age à la fin du XIXe siècle, et à part quelques success stories montées en épingle pour entretenir le mythe, la structure sociale n’a plus changé et les immigrations n’ont rien modifié. Nous sommes une société figée avec très peu de mobilité derrière une apparence de flexibilité, sans mixité, faite de communautés qui cohabitent sans se mélanger, mais avec une caste qui domine les autres : l’oligarchie politique du sacro-saint two-party system garant de la stabilité, et ses partisans tantôt riches tantôt branchés et le plus souvent les deux.

    Je dois reconnaître que vous avez beaucoup de spécialistes de ces Etats-Unis dont l’étude est devenue une science… inexacte. La plupart de vos correspondants chez nous ne parviennent que rarement à dépasser leur propre représentation idéalisée, à se réveiller eux-mêmes de leur rêve américain, et rares sont les Français qui saisissent la vraie nature de l’Amérique. Jean-Philippe Immarigeon est de ceux-là, il poursuit depuis dix ans son travail d’étude et vous pouvez relire ses précédents essais et ses articles parus dans la Revue Défense Nationale, il n’a pas encore été pris en défaut.

    Au départ de ses réflexions se trouve une question si primordiale que peu de Français s’y penchent : pourquoi ont-ils, eux qui ont été gâtés par la nature et préservés par une glorieuse histoire, un rêve américain ? Sans doute celui de la possibilité d’une île. C’est un élément qu’Immarigeon met régulièrement en avant : l’Amérique comme retranchement du monde. Ce qui séduit les Français n’est-il pas l’anonymat dans lequel les gens y vivent, ce que Tocqueville, cette fois juste dans son intuition, devinait dans la conjonction d’un individualisme poussé à l’extrême et d’un Etat paternaliste et autoritaire ? Qu’il s’agisse des gated communities, ces zones résidentielles sécurisées et clôturées où l’on se réfugie entre semblables, de ces immenses cités où l’on n’est plus qu’un anonyme, ou de la disparition dans de grands espaces encore sauvages, le rêve est toujours le même, celui de la dépersonnalisation et du refus de toute confrontation et de toute contrariété, en un mot, comme l’écrit Jean-Philippe Immarigeon, le vide existentiel.

    Lafayette

    Mais la France ce n’est pas ça, la civilisation métissée dont j’ai en partie hérité par ma mère ce n’est pas ça. Surtout qu’il suffit d’écouter les Américains ou les lire pour comprendre qu’ils rejettent vos Lumières et qu’elles leur servent de repoussoir. En fait de rêve il y a un cauchemar américain, qui est le paradoxe de ce peuple qui affiche sans arrêt son statut exceptionnel et libre alors qu’il prône une conformité écrasante. Et il ne s’agit pas uniquement de l’uniformisation de nos centres commerciaux ou de nos discussions politiques étriquées (je n’ai jamais compris pourquoi vos journalistes s’intéressent tant aux débats télévisés entre nos candidats à la Maison Blanche, qui sont insipides au possible) : n’oublions pas que le non-conformiste Kérouac finit sa vie catholique pratiquant et républicain de droite, et qu’il affichait son soutien pour Richard Nixon. Alors pourquoi tant de Français, ceux qui appartiennent à ce qu’Immarigeon nomme la Françamérique, s’identifient-ils à ce vide abyssal ?

    Ce qui me navre est que ces Français ne se rendent même pas compte que les relations entre nos deux pays sont arrivées à un point de rupture, et que leur obstination à s’accrocher à ce rêve est devenu totalement contreproductif. Mon pays ne peut plus rien leur apporter, lui qui les a sauvés de la disparition en 1944. C’est triste à dire, mais cette vieille alliance bâtie de toute manière sur un malentendu comme le montre Immarigeon, est devenue pour la France un boulet dont elle doit se délester.

    J’espère que vous allez abandonner ce rêve. Je suis d’accord avec l’idée que les Etats-Unis, qui ont pu faire de grandes choses et faire croire qu’ils en faisaient de plus grandes encore, ne peuvent plus servir de modèle. J’aime bien l’idée non d’un déclin programmé qui nous conduirait à dénigrer un passé glorieux, mais d’un accident darwinien qui ne remettrait pas en cause ce passé tout en constatant que l’avenir, depuis les attentats de 2001, ne sera pas américain et que si c’est la fin d’un monde, ce n’est pas la fin du monde. Il faut que les Français comprennent qu’ils ont les capacités de s’affranchir de cette tutelle et puissent écrire, comme Romain Gary en 1970 : « Ça suffit, je refuse de souffrir américain ». Et que ma charmante commerçante cesse de rêver à quelque chose qu’elle sait finalement en son for intérieur n’être qu’une envoûtante mais anesthésiante illusion.

    John R. MacArthur
    directeur de Harper’s Magazine

    Préface à Pour en finir avec la Françamérique !

  • Pour en finir avec la Françamérique

    Et pour Mardi Gras...

    Couverture Françamérique

    ... en librairie le 21 février

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