Jean-Phi’s back !

Je m’étais dit : attendons la sortie du bouquin, et puis papatras : entre « J’me défile sur Gaza, j’aurais des tas d’choses à dire mais j’vous les dirai pas ! » et « Finalement, Guantanamo c’est bien pratique ! », Barack l’Imposteur n’aura pas attendu le 20 janvier pour tomber le masque.

Non, imposteur, j’exagère : il n’est que le prisonnier d’un système. Mais les Européens en général, et les Français en particulier, ne comprennent pas, ne savent pas, et de toute manière refusent de savoir et de comprendre. Prenons la toute récente déclaration du président-élu sur le camp de concentration de Guantanamo : ce n’est pas évident de le fermer, dit-il, puisqu’on ne sait pas quoi faire des types qui y sont enfermés. Soit ils étaient innocents, et les Etats-Unis reconnaissent officiellement l’arbitraire, soit ils sont coupables de quelque chose et pour que des « alliés » complaisants les récupèrent, il faut leur coller un motif d’inculpation avant de les livrer (contrairement aux Etats-Unis, la France ou le Royaume Uni ont des juges et des libertés publiques, si si…). Faute de quoi, ils ne peuvent qu’être remis en liberté une fois arrivés dans nos Etats de droit. Or pour les trois quart, si ce n’est plus, le dossier est vide, à part : « Machin a croisé dans l’ascenseur un type qui a demandé l’heure un jour à un pharmacien qui avait vendu il y a vingt ans de l’aspirine à Ben Laden, c’est la preuve qu’il est un dangereux terroriste complice du 9/11, non ? ». Non.

Mais le problème n’est pas là. Il faut bien écouter ce que disent les Américains, et pas interpréter avec notre grille de lecture d’Européens. Obama a surtout dit le 11 janvier que la fermeture allait poser des problèmes constitutionnels. « Je ne veux pas qu'il y ait d'ambigüité sur cette question. Nous allons fermer Guantanamo et nous allons le faire de manière à être sûr que les procédures que nous mettons en place respectent notre constitution. » Phrase que personne ne veut comprendre. Pour tout le monde, enfin pour tous ceux qui croient encore que l’Amérique est comme dans leurs beaux livres d’images, le problème, c’est le camp lui-même. Que nenni ! Rien de ce qui est fait à Guantanamo n’a été le fruit de l’arbitraire ou de pouvoirs spéciaux : comme je l’ai expliqué dans Sarko l’Américain, et comme j’y reviens rapidement dans L’imposture américaine, tout a été scrupuleusement mis en lois, en décrets, et en décisions de la Cour Suprême, depuis l’instauration des tribunaux d’exception jusqu’au refus encore récent de l’habeas corpus, et ce sur le fondement d’une disposition de la Constitution de 1787 appelée « Suspension clause ».

Il n’est pas une démocratie en Europe, que ce soit à l’aune de textes nationaux ou des principes européens, où le quart du dixième du commencement de ce qui se passe aux Etats-Unis aient été tolérable ni toléré. Mais c’est l’Europe du droit et de la liberté, c’est pas de l’Amérique de… mais de quoi, au fait ?

Le problème d’Obama est donc très simple : pour fermer Guantanamo, il faut qu’il obtienne que le Congrès et la Cour Suprême se déjugent. Dit autrement, c’est une fermeture sur le seul fondement de son pouvoir propre de chef de l’exécutif (un concept inconnu dans nos démocraties parlementaires, y compris en France) qui pourrait être qualifié d’arbitraire et de fait du prince.

Ah ! diront les Atlantistes béats, cette Amérique est décidément paradoxale. Le paradoxe de Guantanamo : d’ici peu, on va y avoir droit comme titre d’article.

Conclusion : c’est parti pour quatre années de Bush bis, avec vaseline cette fois-ci, et Guantanamo n’est pas prêt d’être fermé.

Ni les Palestiniens d’avoir enfin un Etat.

Les Obamaniaques vont tomber de l’armoire : mais personne ne leur a jamais demandé d’y grimper.