Ca y est c’est reparti : la même excitation guerrière, surtout de la part des journalistes, la même complaisance pour nos armes destructrices de mondes, la même vénération de notre puissance que lors des deux guerres d’Irak. Et puis la même lecture détournée des résolutions de l’ONU : on ne sait pas si l’on arrête seulement Kadhafi, ou si on arme les rebelles et leur apporte un soutien aérien pour reconquérir le terrain perdu et même renverser la Folle du désert. Et ce n’est l’éjaculateur précoce qui nous gouverne et qui se croit encore dans sa chambre d’adolescent à montrer sa collection de petits-soldats à sa petite amie italienne, qui peut nous fixer là-dessus.

Et on n’a pas non plus très bien compris comment nos aviateurs vont pouvoir distinguer au sol les rebelles des fidèles. Encore des « bavures », des écoles et des hôpitaux qui vont trinquer… Mais on a entendu de nouveau les « experts » nous dire que la technologie OTAN ne va faire qu’une bouchée des soldats de Kadhafi, et en vouloir pour preuve que même l’armée de Saddam n’avait pas tenu face aux Américains. Gérard Chaliand par exemple, ce samedi matin : c’est un armée de bandes et de pillards, elle ne tiendra qu’un jour ou deux face à la coalition. Un jour ou deux : ça ne vous rappelle rien ?

Et les Talibans ?

C’est vraiment inquiétant, cette amnésie des « experts » qui n’ont pas de mémoire de ce qu’ils disent au-delà de dix minutes. Ils nous ont répété que l’Irak était tombée précisément parce que, dans cette guerre symétrique, la puissance avait été décisive, mais qu’elle est inefficace dans la guerre asymétrique afghane. Et voilà qu’ils nous disent le contraire, écartant l’hypothèse d’un guerre asymétrique en Libye alors qu’ils nous expliquent que l’armée de Kadhafi est totalement déstructurée, donc déjà formatée pour la guerre asymétrique.

Apocalypse

Si cette nouvelle guerre otanisée (les Occidentaux très haut dans le ciel, les Bougnoules au sol comme chair à canon) est a priori gagnable, cela n’a strictement rien à voir avec la pertinence la technologie US dont on s’apprête à nous vanter une fois de plus les mérites. C’est simplement, comme l’ont rapporté les Britanniques lors de leur guerre du désert au même endroit, qu’on y lutte comme dans une bataille navale. C’est plat et le moindre véhicule y est aussi à découvert qu’un cuirassé sur le lac Léman. La victoire revient, et Erwin Rommel le comprit très vite, à celui qui détient la supériorité aérienne. Et si c’est le cas, des Hurricanes Mk.II C. équipés de canons de 20 mm et rockets modèle 1942 peuvent parfaitement faire l’affaire en 2011.

Mais mon petit doigt me dit que nos « experts » américanolâtres vont encore nous resservir d’ici peu leur paralogisme progressiste habituel : puisqu’il est parvenu à écraser d’un coup de masse un cafard au milieu d’une table de billard, c’est que le modèle de guerre Made in USA et sa course sans fin à toujours davantage de technologie toujours plus coûteuse reste pertinent. Malgré l’Afghanistan.

Et qu’importe l’ardoise brisée en mille morceaux de ladite table. Pas seulement là-bas, mais ici également. Quand un fou, qui a déjà par le passé fait assassiner en nombre et fait exploser en vol nos avions de ligne, promet l’enfer à ceux qui l’attaqueront, à quoi pense-t-il ? Non mais ça, me souffle-t-on, nos « experts » en guerre asymétrique l’ont anticipé, ils ont parfaitement vu le risque, ils ont pris toutes les mesures dans nos RER et gares de TGV. Bien sûr, on leur fait confiance pour cela : d’ailleurs ne sortent-ils pas des mêmes écoles que ceux qui gèrent les centrales japonaises.