J’en avais fait le sujet d’un article déjà ancien, à propos de l’autre bouquin de la dame, The Fountainhead, dont l’adaptation au cinéma (Le rebelle en français) est un chef d’œuvre d’autant plus méritoire que le style comme les idées de Ayn Rand sont indigestes. Après moultes péripéties, Atlas Shrugged est sorti ce 15 avril sur les écrans US.

On a eu du mal à suivre la genèse de ce film depuis quelques années. Maintenant sort une sorte de téléfilm de bas de gamme, mal joué par des acteurs de troisième catégorie, et une actrice mignonne sans plus comme on en voit à foison dans les personnages de fonctionnaires fédérales des séries US, qui fait beaucoup d'efforts pour se la jouer célibattante-même-que-je-couche-avec-mon-temps, si l’on en croit la bande-annonce insipide.

Je reviendrai, si les agents du parti américain en France nous bassinent avec ce film, sur l’idéologie nazifiante de Ayn Rand, référence absolue des néocons, une bouillie débile qui fait de l’égoïsme le moteur de l’Histoire, tellement outrancière qu’elle relègue les Strauss, Hayek et autre jus-naturalistes ou libertariens au rang de harkis d’un brejnevisme avancé. Pour faire court et pour celles et ceux qui ne seraient pas restés bloqués sur les deux photos ci-dessus, disons que Rousseau et les Lumières françaises n’ont rien compris puisque l’homme n’a jamais été un animal social et politique mais reste un sauvage qui doit vivre selon ses pulsions premières sans se préoccuper de ses prochains. On avait déjà ceci dans The Fountainhead, c’est encore plus marqué dans Atlas Shrugged. Pour faire court également (le bouquin fait mille pages), c’est l’histoire d’entrepreneurs, de créateurs, d’ingénieurs qui ne supportent plus que l’Etat leur offre une société apaisée avec des routes, le téléphone, des hopitaux etc… en contrepartie du paiement d’impôts (enfin, la règle depuis 3 000 ans, quoi…) et qui décident de disparaître et de laisser l’Amérique sombrer. Tout ça à l’appel d’un dénommé John Calt, sorte de Capucin masqué du néoconservatisme.

Parmi ces entrepreneurs (à prononcer avec l’accent français puisque le mot vient de chez nous dans la patrie de Rockefeller, où il n'a pas d'équivalent en américain), il y a un sidérurgiste qui invente un acier et en fait un train qui, parce les Américains sont vraiment dans une autre planète et que leur pensée totalitaire les rend sourds et aveugles au reste du monde, ressemble à notre TGV. Cedit TGV que l’hydre marxiste qui commande notre doulce France a précisément développé il y a déjà trois décennies grâce à ce Léviathan tentaculaire que dénonce Ayn Rand (mais si vous savez, la France, ce petit pays de la Sécu, des écoles gratuites, qui a aboli la peine de mort et qui ne voulait pas raser les musées de Bagdad). Comme quoi les néocons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît.

Je ferai ultérieurement un papier sur le mythe du Gilded Age, cette grande référence des Tea Party, qui est une vision totalement faussée du capitalisme américain que l’on veut à tout prix libre de toute intervention étatique, alors qu’il n’y a jamais eu, même dans la France de Morny et Lesseps, nation qui ait davantage subventionné son développement industriel et d’infrastructures. Comme l’a montré notamment mon ami John R. MacArthur dans Une caste américaine, les grandes fortunes de là-bas se sont toutes construites sur les fonds publics, et celles qu’on connaît étaient déjà en place, à quelques exceptions, à la fin du XIXème siècle. Mais les néocons, comme les Tea Party, se mentent en s’accrochant à une pastorale américaine qui n’a jamais existé. Print the legend !

Un film qui gagne à ne jamais être vu.