N’étiez-vous pas fiers de voir notre drapeau déployé dans les rues de Benghazi et d’y entendre acclamé le plus grand philosophe de tous les temps ? Fiers de voir nos médias s’extasier sur ses talents diplomatiques et guerriers, avec ce plus sur les Américains, cette fameuse French Touch, que si le Pentagone a inventé le mot embedded pour désigner ses journalistes embarqués, les nôtres couchent à domicile ? BHL, Lord-protecteur des nations arabes ! Que ne l’a-t-il fait pour le Liban et les enfants de Gaza, que ne le fait-on pour la Syrie et Bahreïn, demain pour l’Arabie Saoudite ou le Qatar ? Justement, ça prouve a contrario que, sans nous, ces pays sont incapables d’arriver à rien. CQFD. Y’a bon la France !

Et même mieux que ces Américains qui ont tout de suite tiré la couverture à eux. Il ne faudrait pas qu’ils oublient qui équipa jadis leur petite armée qui gelait dans les neiges de Valley Forge, qui mobilisa la plus belle flotte de son histoire, dépêcha ses meilleurs régiments et sa belle artillerie de Gribeauval. Comment auraient-ils fait sans nous, ces rebelles, pour bouter l’Anglois hors des treize colonies ? Certes, objectent nos états-majors otanisés, mais qui a envoyé ses missiles pour neutraliser la défense anti-aérienne du dictateur des sables, qui nous a fourni ses satellites et ses Awacs, qui a remplacé nos kits de guidage d’un stock de bombes vite épuisé et fait notre targeting ? Y’a bon aussi, l’Amérique !

BHL président

Admettons que ce fut une guerre américaine : mais à la française. Nous avons fait notre guerre d'Irak mais tout en respectant le principe de moindre action cher à Maupertuis, et en dépensant, alors que la France est annoncée en faillite, à peine plus de 300 millions d’euros républicains pour rétablir la Charia et la polygamie. Même le Pentagone, de toute manière lui-aussi en cessation de paiements, n’en est pas capable. Mission accomplished ! Nos forces spéciales sont plus efficaces qu’un bataillon d’archanges. Est-on pourtant certain, dans la patrie de Voltaire, de ne pas s’être trompé de film ? Que nenni, répond notre belliciste de salon, et les ailes tricolores font comprendre qu’il n’y a pas que Dieu qui soit grand. Qu’il est devenu léger à porter, le fardeau du tout petit homme blanc !

Et maintenant, que fait-on ? On s’arrange avec ces islamistes forcément modérés comme on gérait hier les autocrates forcément laïcs : contrats commissionnés et realpolitik ? Nos nouveaux amis nous achèteront bien ces Rafales qu’on avait mis de côté pour les Brésiliens. Ne pourrait-on pas surtout récupérer un ou deux puits ? Ce ne serait que justice, le Fezzan conquis par Leclerc et son pétrole découvert par Kilian nous étaient jadis passés sous le nez. Nos protecteurs américains nous en laisseront bien quelques miettes. Alors, on dit merci qui…?